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Article publié le
09/10/2018

LP

Réforme de la voie professionnelle

Un avenir tourmenté !

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JM Blanquer précise, par petites touches, son projet de rénovation de la voie professionnelle. Le 10 octobre, le rapport du Conseil supérieur de l’Education devrait permettre d’en savoir plus. Le ministre propose quelques leviers pour réorganiser cette voie : la mise en place de campus nouvelle génération, une formation de pointe regroupée par famille de métiers en classe de seconde, l’incitation à relier les enseignements généraux et professionnels, le développement de l’apprentissage, l’allègement du temps de formation….

Certains points développés dans la mise en œuvre de ce projet interpellent fortement la FEP-CFDT :

  • Avec la précipitation ministérielle qui se passe volontiers de concertation réelle, le gouvernement a-t-il envisagé la faisabilité de cette réforme ?
  • Avec la réduction du temps de formation professionnelle (2de indéterminée, terminale avec des modules…) ; après le passage de 4 à 3 ans en 2010 et cette nouvelle approche, quel niveau de compétences sera-t-il possible d’atteindre ? Trente ans  après sa création, le BAC PRO prendrait l’allure d’une coquille vide, en devenant un « sous bac » où les élèves seraient considérés comme des intrus.
  • Avec la mixité des parcours à haute dose et  présentée comme essentielle dans la formation d’un jeune, quelles sont les réflexions sur les possibilités effectives de formation en milieu scolaire et en entreprise ?
  • Avec la mixité éventuelle des publics, comment appréhender la formation des scolaires et des apprentis aux profils et exigences différents ?
  • Avec le regroupement en famille de métiers, jusqu’où irons –nous dans la réduction de l’offre de formation ?
  • Avec la  volonté affichée de développer très fortement l’expérimentation et le projet de type « chef d’œuvre », avons-nous mesuré la  baisse des compétences limitant ainsi l’insertion professionnelle à des emplois peu qualifiés  et la réduction des chances de réussite dans  les  poursuites d’études.

 

La FEP CFDT dénonce la discrimination liée à l’apprentissage et l’illusion d’une meilleure insertion professionnelle des apprentis

Selon leur genre, leur ethnie, leur appartenance sociale, les candidats à l’apprentissage ont plus ou moins le profil de l’apprenti. En effet la FEP- CFDT dénonce depuis longtemps ces discriminations, d’ailleurs validées par une enquête du CEREQ*. C’est dans les lycées professionnels  que sont accueillis les publics les plus complexes. 

Les taux de réussite de  l’insertion professionnelle des apprentis  sont également faussés.  En effet, les apprentis sont sélectionnés par les entreprises. Si l’apprenti ne fait pas l’affaire, il n’ira pas jusqu’au bout de son apprentissage et n’entrera pas dans les taux de réussite de l’insertion pro. A contrario, les jeunes, issus des lycées professionnels forment une population plus fragile face à l’emploi mais ils seront restés pour la plupart trois années au lycée. 

Le diplôme reste le sésame pour l’insertion des jeunes dans le monde du travail

 D’après une analyse de la Division des Etudes de l’Education Nationale, l’insertion des jeunes diplômés du CAP au BTS tend à augmenter depuis 2016. 48% d’entre eux accèdent au marché du travail et, point important : 19% exercent leur métier dans l’entreprise où ils ont effectué leur stage. Autre élément qui facilite l’accès à l’emploi : la spécialité préparée. Ainsi, les formations liées au domaine des services ont un taux d’emploi supérieur à celui  de la production. A noter que l’intérim concerne particulièrement les non diplômés qui, de plus, obtiennent plutôt un CDD qu’un CDI. Nous constatons donc  la nécessité d’un diplôme pour entrer plus facilement dans la vie active.  Cela nous incite à être exigeants sur les réformes à mener qui doivent permettre à tous les jeunes de notre pays d’obtenir une formation adaptée et  un diplôme à la fin de leurs études.

La formation professionnelle et citoyenne mérite  une profonde réflexion

Au regard de l’actualité,  la formation citoyenne est  un axe prioritaire pour les jeunes.  Et, au-delà des attestations de capacités professionnelles, l’Ecole assure la formation aux valeurs de la République, à l’émancipation et au développement citoyen de tout individu. La FEP CFDT rappelle son  attachement  aux diplômes « Education Nationale » qui apportent une garantie d’égalité et d’indépendance, et de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur.

C’est pourquoi le pilotage des formations nous inquiète fortement. La carte des formations peut-elle  être laissée aux seules branches professionnelles, plus ou moins influentes, à l’exclusion de la Région et du Rectorat ? Quelles garanties aurait-on sur la qualité des formations proposées ? Leur contenu ne fera t-il pas de faire la part belle aux demandes des grandes entreprises du secteur, et avec un risque de référentiel maison ?

Trente ans après sa création, le  bac pro, initialement valorisant, formateur et porteur de belles réussites,  perd en considération.

Le nombre de bacheliers professionnels a explosé pour atteindre, en 2017, le chiffre de 190 000. Cette explosion a porté la démocratisation du bac et amorcé un accès vers le supérieur des jeunes d'origine populaire et de ceux qui excellent davantage dans une approche plus concrète des problématiques. Ce diplôme a aussi permis d’atteindre les objectifs de 80 % d’une classe d’âge au niveau BAC. Malheureusement, il a perdu de  sa substance. Bien loin de revaloriser l'enseignement professionnel, la réforme pourrait encore abaisser le niveau des bacheliers professionnels et réduire leurs chances d'études supérieures et/ou d’insertion professionnelle.   Les élèves qui le préparent deviendront-ils des intrus dans l’enseignement supérieur ou des travailleurs de moins en moins qualifiés. Quand à ceux qui préparent un CAP, que deviendront-ils ? Resteront-ils  encore plus nombreux davantage au bord du chemin !

Et les profs ? Négligés, méprisés, oubliés, va-t-on leur demander de scier la branche sur laquelle ils sont assis ?

Evidemment, personne n’en parle. Mal considérés, mal payés, ce ne sont que des pions sans intérêt et sans idées !!! Alors, pourquoi M. Blanquer, du haut de sa suffisance, irait-il les consulter ? A-t-il imaginé une évolution du statut, du recrutement et de la formation des enseignants, voire une éventuelle reconnaissance ? Cela ne semble pas d’actualité ! Alors, face à une opacité, synonyme de mépris, les profs vont-ils s’engager,  à bras le corps, dans une réforme qui générera des suppressions de postes et dégradera les conditions d’exercice d’un métier déjà fort complexe ? Toute évolution doit être conduite avec eux, pour avoir une chance d’éviter le rejet et la radicalisation des postures.

Sur les 3 prochaines années, il leur faudra faire face

  • aux suppressions d’emplois, c’est d’ailleurs l’objectif premier de cette réforme !
  • à l’accueil de publics différents (mixité des parcours et publics),
  •  à une réorganisation des enseignements : modification des grilles horaires amputées d’environ 10 %,
  • à des modalités pédagogiques teintées d’injonctions et faisant fi de l’expérience pédagogique des équipes enseignantes,
  • à des référentiels identiques associés à des modalités totalement différentes,
  • à une précipitation de mise en œuvre déstabilisant et démotivant les équipes lourdement investies et ayant déjà dû faire face à de multiples réformes
  • à une réelle inquiétude sur leur devenir, leur statut et leurs conditions de travail.

Mise en œuvre de la réforme : vitesse et précipitation !

Le Ministre annonce une application à la rentrée 2019. Ce projet, mal ficelé, dévastateur pour la voie professionnelle n’apporte pas de solutions à ceux qui envisagent ou sont contraints de prendre cette voie, qu’elle qu’en soit les modalités. Il ne fait que réduire les perspectives d’avenir.

Et dans l’Académie de Rennes

 La FEP CFDT est déjà intervenue auprès des instances de l’Enseignement Catholique pour questionner la multiplication des  demandes d’ouverture de formations en  CFA au détriment des lycées pro. La tentation semble forte, pour le réseau privé, de réduire la part du statut scolaire en faveur de l’apprentissage. Et pourtant, cette réforme semble faire peur à tous. Mais, l’opportunité de se situer dans une logique où il faut prendre rapidement des parts de marché risque de prendre le pas sur l’intérêt réel des jeunes d’une part et sur les conditions d’exercice du métier d’enseignant d’autre part.

 

La FEP- CFDT  qui affirme que cette réforme, déconnectée de celle des voies générales et technologiques, est un non-sens, exige des réponses claires du Ministre. Elle portera ses revendications à tous niveaux, y compris dans la rue le 12 novembre.

 

*CEREQ : Centre d'études et de recherches sur les qualifications

 


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