Edito

Sortir du confinement et se projeter

Comme la plupart des autres pays, la France n’était pas vraiment préparée à faire face à une telle épidémie. Après plus de 3 mois de fonctionnement inhabituel des établissements scolaires, quel bilan peut-on faire ?

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Côté élèves, le bilan s’avère mitigé et assez disparate. Les inégalités se sont inévitablement accentuées : décrocheurs par manque de motivation, par difficulté d’accès aux outils numériques, par impossibilité de s’isoler, par manque de disponibilité parentale…et des élèves qui ont bien géré, voire développé de réelles compétences en s’appropriant, avec sérieux et régularité, le travail transmis par les enseignants. Au final, force est de constater un déficit en connaissances et en compétences par rapport aux années précédentes. Cependant, dans une scolarité, c’est rattrapable. C’est plus embêtant pour ceux qui terminent un cycle cette année, à fortiori pour les élèves de terminale.

Côté enseignants, nous retiendrons la frustration de ne pas côtoyer les élèves au quotidien, même si les outils numériques ont permis de garder un contact pertinent. Autre problème : pour obtenir un bon niveau de compréhension et remédier aux difficultés rencontrées pédagogiquement par les élèves, il a fallu mettre en œuvre de multiples astuces. Parfois, la difficulté ruinait partiellement les efforts et nécessitait un autre biais forcément moins efficace. Après un temps de tâtonnement mi-mars, la continuité pédagogique s’est installée en s’avérant complexe et chronophage. 

Mi-mai ou début juin, selon les niveaux, le présentiel a partiellement repris avec des règles sanitaires indispensables mais peu simples à appliquer. Aussi, entre des élèves chez eux et d’autres présents, les enseignants jonglent entre différentes situations. Heureusement, ils espèrent revoir chaque élève avant la fin de l’année scolaire et ainsi les rassurer. Parallèlement, les bilans pédagogiques de fin d’année, principalement s’ils débouchent sur la validation d’un examen, nécessitent d’évaluer, au mieux et en équipes, les compétences de chacun car un diplôme avec ou sans mention en dépend. 

Et puis le 22 juin, c’est « tous à l’Ecole » ou pas ! Troisième organisation à mettre en place suite à une information reçue par les médias. Les consignes viennent ensuite, le protocole contredisant le décret du 15 parait le 17 au soir, les dernières directives arrivent en fin de semaine. Un nouveau décret est publié le 22, jour de la grande reprise ! Il faut réaménager quand c’est possible, réorganiser au mieux avec des contraintes contradictoires. Les enseignants doivent indiquer aux élèves que les gestes scrupuleusement respectés le vendredi deviennent aléatoires le lundi, que l’on doit respecter ou pas le mètre de distance comme si ce type de mesure était sans importance ! La lourdeur du défi et l’incohérence hiérarchique génèrent angoisse et saturation, ce qui atténue le plaisir de retrouver davantage d’élèves. Au lieu d’apaiser et de permettre une fin d’année scolaire sereine, le Ministre, déconnecté de la réalité de terrain, a une fois de plus dit tout et son contraire. Plus grave encore, avec des promesses médiatiques non tenables, il transfère une responsabilité qu’il est incapable d’assumer vers les enseignants et les directions d’établissement, nerveusement épuisés, qui constatent le mépris de leur ministre.

Dans ce contexte, les directions d’établissements, les enseignants et les autres personnels ont effectué leur mission avec professionnalisme. Ce fut assez naturel dans l’organisation lorsque le dialogue social et la concertation étaient au rendez-vous. Certes, quelques abus de direction ont provoqué des dérives. Au Rectorat, le dialogue social s’est aussi mis en œuvre, mais avec un léger retard, faute de directives gouvernementales. C’est au niveau ministériel que la gouvernance a souvent fait défaut : le manque de clarté et les changements d’avis ont souvent brouillé les cartes. Au niveau du syndicat, transmettre une info aux adhérents le matin qui devenait fausse le soir fut énervant et déstabilisant. La FEP CFDT a été particulièrement sollicitée durant cette période pour informer, conseiller ou dénoncer des dérives. Sur le terrain, les équipes CFDT ont aussi, via les CSE, contribuer à une organisation adaptée.

Aujourd’hui, nous retiendrons les multiples messages de soutien des parents aux enseignants durant cette période. Il faut cependant faire face aux critiques des populistes, des promoteurs de la bêtise qui ont lancé une campagne de « prof bashing ». Ces propos sont aussi alimentés par un ministre partisan du double langage et plus enclin à s’exprimer dans les médias qu’à écouter les enseignants pour leur donner les moyens de mieux faire leur travail. Cette mauvaise presse l’aide aussi à alléger finalement mais tardivement le protocole sanitaire et à refuser toute reconnaissance des acteurs du système éducatif. 

En amont de cette période inédite, rappelons que cette année scolaire fut stressante et délétère au moment de la mise en place si peu préparée des réformes du lycée et de la voie professionnelle qui apportent plus de perplexité que d’efficacité.

Maintenant, il convient de préparer demain, c’est-à-dire la rentrée de septembre pour corriger les inégalités et les carences liées à cette période de pandémie. Il conviendra aussi de poser des questions au gouvernement sur la place de l’Ecole dans notre société. Elle fut jadis une priorité, mais ne l’est plus depuis 2017. L’approche comptable et la gouvernance du « moi-je » doivent être abandonnées au profit d’une politique volontariste. Croire en l’Ecole, c’est bâtir la société de demain sans laisser quiconque au bord du chemin.

 

Bernard Le Page

 



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