Edito

La valse des ministres : l’école toujours méprisée

La coupe est pleine – La FEP appelle à la grève le 1er février

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Certains avaient applaudi la nomination de Gabriel Attal. On allait voir ce qu’on allait voir : le « choc des savoirs », la laïcité (réduite à l’abaya), la tenue unique, un ministère qu’il allait prendre à bras le corps… Six mois plus tard, nous voilà avec Amélie Oudéa Castéra qui reconnaissons-le,  a battu tous les records de tartufferie. Elle n’aura eu que ce mérite : mettre en lumière l’enseignement privé catholique sous contrat d’association avec l’Etat qui ne semble pas toujours prompt à rendre des comptes et à jouer la transparence que son engagement avec l’Etat lui impose. Certes nos établissements bretons sont bien loin du flamboyant Stanislas « old school ». Néanmoins, à la suite de ce piteux coup de projecteur, on est en droit d’espérer que L’Etat et les rectorats scrutent d’un peu plus près ce qui se fait dans ces établissements. Est-ce trop demander ? On peut effectivement s’interroger sur la considération que l’Etat peut avoir à l’égard de ses agents.  Nos collègues de l’enseignement agricole ne le savent que trop bien depuis des mois. Les déficiences voire l’incompétence des services des Ressources humaines de leur ministère de tutelle ont plongé dans le désarroi et la précarité bien des personnels des établissements agricoles bretons (et ainsi pas loin de la moitié des établissements de France !). Nous espérons que la récente publication de la FEP : Le Recueil « Couacs en série » [lien Hypertexte] qui recense les nombreux dysfonctionnements de la gestion RH du MASA*, permettra enfin de corriger les errements de cette administration. Bien qu’à l’Education nationale, nous n’en soyons pas à ce stade de tumulte, l’arrivée de la directrice du e-commerce chez Carrefour au ministère laisse perplexe. Disons plutôt que la nomination d’Amélie Oudéa Castéra n’a trompée personne. L’Education reste du domaine réservé du président de la République comme l’a rappelé Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse. Mme Oudéa Castéra ne sera donc que la ventriloque de ce qu’annonçait déjà son prédécesseur en appelant au « choc des savoirs » qui sauvera enfin le système éducatif français. Les enquêtes internationales comme les résultats de la fameuse Pisa, ne donnent certes pas une image reluisante de notre système. Mais suffira-t-il de lancer à la volée des recettes démagogiques sur l’air du « c’était mieux avant » pour changer les choses ? Peut-on se priver d’une réelle analyse de notre système éducatif actuel en état de délabrement ? Avant de se prendre dans la figure ce « choc », petit tour d’horizon de quelques-unes des annonces : 

 

-        En mathématiques et en Français, les élèves de 6ème et de 5ème seront répartis en 3 groupes de niveaux. Il s’agira notamment de limiter le groupe des élèves en difficulté à une quinzaine d’élèves. La même organisation s’appliquera pour les classes de 4ème et 3ème à la rentrée de septembre 2025. Une idée qui semble séduisante afin que les professeurs puissent réellement s’adapter au niveau des élèves et éviter l’hétérogénéité d’une classe. Mais, l’efficacité de cette manière de procéder n’a pas fait totalement ses preuves. Elle risque de favoriser la stigmatisation des élèves et mettre en péril l’émulation entre les élèves. On peut même s’interroger aussi à l’heure où l’on parle de harcèlement et que M. Attal nous parle de cours d’empathie. Comment pourra-t-on justifier d’une remise en cause du « vivre et apprendre ensemble » ? Enfin, quels seront les  moyens ? La FEP réclame effectivement la création de postes pour assurer sereinement la mise en place de ces mesures. Or, Gabriel Attal est dans le déni budgétaire comme l’a pertinemment souligné le café pédagogique. (voir aussi le lien en fin d’article). Il faut donc craindre le simple redéploiement des moyens déjà existants. Des cours nécessairement en « barette » risquent aussi de contraindre l’organisation des EDT. 

 

 

 

-       L’équipe pédagogique - et non plus les familles – aura le dernier mot s’agissant du redoublement de l’élève. Ils pourront par ailleurs désormais recommander, voire prescrire, à leurs élèves des stages de réussite durant les vacances scolaires. Serait-ce restaurer l’autorité des professeurs ? Rien n’est moins sûr. Comme le souligne avec justesse Joelle Alazard, présidente de l’APHG** : « Le ministre s’adresse très habilement aux enseignants. On peut être tentés de penser que la perspective du redoublement poussera certains élèves à travailler davantage… Mais toutes les études vont dans le même sens, le redoublement n’est que rarement bénéfique aux élèves. ». 

 

 

 

-       En primaire, généralisation pour les mathématiques , de la méthode de Singapour. la méthode de Singapour ne convient pas à tous et est efficace si elle est appliquée avec des temps de formation des enseignants. Elle doit être comprise, assumée et ne doit pas être excluante. Et pour être complet : que les salaires des professeurs et les effectifs de nos classes soient ceux aussi de Singapour…

 

 

 

-       Des manuels scolaires du premier degré bénéficieront désormais d’une labellisation. Quelle incohérence entre le discours et les mesures proposées ! Le ministre insiste sur le rôle essentiel et incontournable des enseignants pour améliorer le niveau des élèves. En même temps il muselle toute liberté pédagogique qui autorise la créativité et l’innovation des enseignants.  Les enseignants sont-ils incapables de choisir avec discernement le manuel ou les outils les plus adaptés à leurs élèves ? Les enseignants ne doivent pas devenir de simples exécutants.

 

 

 

Ainsi, « Pap Attal Castéra », sonne comme une valse à trois temps. Mais les personnels de l’Éducation nationale ne veulent pas entrer dans cette danse, encore moins dans ce jeu de chaise musicale. Il faut du temps, de la réflexion, du travail, de la co-construction pour repenser le système éducatif français et cela se prépare avec les acteurs du terrain. L’avenir de nos enfants mérite mieux qu’une gestion à la petite semaine. Pour la Fep-CFDT, la seule manière d’élever le niveau et « de permettre à l'École d’offrir une ascension scolaire à tous les enfants de la République » est de faire un effort massif d’investissement financier et humain sur du long terme. Augmenter le nombre de professeurs et baisser le nombre d’élèves par classe auraient été une première étape. Le ministre le reconnaît lui-même lorsqu’il constate que les moyens déployés en primaire ont permis des progrès pour les élèves.

 

*Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire

 

**APHG : association des professeurs d’HG

 

 

 

Références ou lien hypertexte : 

 

 

 

Couacs en série au ministère de l’Agriculture - CFDT

 

 

 

"Choc des savoirs" : Voleurs d'espoirs (cafepedagogique.net)

 

 

 

Joëlle Alazard : L'APHG partagée sur les mesures Attal (cafepedagogique.net)

 

 

 



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